Le marché du diamant en 2025 :
ce que les chiffres disent vraiment
Rapaport en baisse de 23 %, Alrosa sous embargo, De Beers en vente, la Chine silencieuse. L'état du marché du diamant naturel en 2025 — sans optimisme de façade.

−23 % : ce que le Rapaport dit du marché
En 2024, le RapNet Diamond Index (RAPI) pour les diamants ronds de 1 carat a chuté de 23 %. La Rapaport Price List officielle — qui sert de référence aux transactions professionnelles mondiales — a elle-même reculé de 13 % sur les catégories D à H, IF à VS2. Pour les pierres de qualité SI, la baisse a été de 7,4 %. Ce n'est pas un ajustement saisonnier : c'est le reflet d'un marché structurellement sous pression depuis 2022, avec une accélération nette en 2024.
En 2025, la tendance se poursuit. Les petites pierres sous 1 carat — précisément le segment du pavage — accusent les baisses les plus marquées. Le RAPI pour 1 carat a encore cédé 24,1 % sur l'année 2025 à fin janvier. Les pierres au-dessus de 2 carats résistent mieux, de même que les formes longues fancy qui affichent une demande soutenue chez les joailliers haut de gamme. Le marché se fragmente : ce ne sont plus les mêmes dynamiques selon la taille et la forme.
« Les prix ont chuté pour la deuxième année consécutive. L'industrie traverse une crise profonde. » — Pavel Marinychev, PDG d'Alrosa, novembre 2024.
Le diamant de synthèse : concurrent ou accélérateur de crise ?
Le marché mondial des LGD a atteint 27 milliards de dollars en 2024 et devrait dépasser 55 milliards en 2032. En 2023, 46 % des pierres solitaires vendues aux États-Unis étaient des diamants de synthèse, contre 12 % en 2019. Cette montée en puissance n'est pas la seule cause de la crise du naturel — mais elle en est un accélérateur structurel. Les LGD ont capturé le segment du consommateur aspirationnel qui achetait des diamants naturels de 0,5 à 1,5 carat. Ce segment était le moteur du volume de la filière.
La réponse du marché est en cours de redéfinition. Les maisons de haute joaillerie — qui travaillent des pierres exceptionnelles, des formats rares, des origines documentées — sont peu exposées à la concurrence LGD. En revanche, les distributeurs du milieu de gamme souffrent directement. Cette bifurcation du marché commence à s'observer dans les comportements d'achat des maisons européennes : moins de volumes standards, davantage d'exigence sur l'origine et la qualité différenciante.
Alrosa sous embargo : un tiers de l'offre mondiale perturbé
La Russie produit environ 30 % de l'offre mondiale de diamants bruts, quasi exclusivement via Alrosa — entreprise publique russe dont l'UE et le G7 ont progressivement interdit les exportations depuis janvier 2024. Les diamants russes naturels de plus de 0,5 carat sont interdits d'importation dans l'ensemble des pays du G7 depuis septembre 2024. L'UE prévoit la mise en œuvre d'un mécanisme de traçabilité blockchain à partir du 1er janvier 2026 pour empêcher leur réintroduction via des pays tiers.
Les conséquences sont doubles. Pour Alrosa d'abord : chiffre d'affaires en contraction de 25 % au premier semestre 2025, suspension partielle de production sur les zones les moins rentables, réduction des effectifs. Pour le marché ensuite : une part significative de l'offre s'est réorientée vers Dubaï et Hong Kong, réduisant la transparence de la chaîne d'approvisionnement sur les marchés occidentaux. Les pierres russes continuent de circuler — mais leur traçabilité est devenue une question commerciale et réglementaire de premier plan.
Pour les maisons européennes, cela crée une obligation de vigilance nouvelle. Un lot dont l'origine ne peut être établie de manière documentée est un lot qui ne peut plus être présenté sereinement à un client informé — et ils le deviennent.
De Beers en cours de cession : la fin d'une époque
Anglo American a annoncé la mise en vente de De Beers, dont il détient 85 %. Le gouvernement du Botswana — actionnaire à 15 % — a exprimé son intérêt pour une prise de participation majoritaire. L'Angola a candidaté pour une participation minoritaire. La cession est toujours en cours. De Beers a prolongé ses contrats sightholders jusqu'en juin 2026 dans l'incertitude. En octobre 2024, De Beers n'a engrangé que 80 millions de dollars lors d'une de ses ventes de brut — le niveau le plus bas depuis le pic de la crise Covid en 2020, après avoir autorisé 100 % de refus d'achat.
La recomposition de la structure actionnariale du premier groupe diamantaire mondial n'est pas sans conséquence sur les conditions d'accès au brut. Les sightholders en difficulté ont perdu leurs allocations. La chaîne d'approvisionnement est sous tension. Les acheteurs qui ont maintenu leur discipline commerciale et leurs capacités financières sont aujourd'hui en position de force pour négocier.
Un marché qui se fragmente
La lecture la plus juste du marché actuel est celle d'une fragmentation, pas d'un effondrement uniforme. Les petites pierres standards sous 1 carat, notamment les ronds brillants de qualité SI, sont les plus exposées — à la fois à la concurrence LGD et à la déflation du Rapaport. En revanche, les diamants de plus de 2 carats affichent une relative stabilité. Les formes longues fancy — poire, ovale, marquise — surperforment depuis plusieurs trimestres, portées par une demande joaillière qui cherche à différencier ses créations. Les pierres à origine documentée, certifiées hors Russie, bénéficient d'une prime croissante sur les marchés européens et nord-américains.
Les tarifs américains sur les importations indiennes ont constitué un facteur d'incertitude supplémentaire en 2025 — avant qu'un accord conclu en février 2025 ne ramène le taux de 50 % à 18-25 %, avec une possible exemption totale pour les diamants. La production mondiale de diamants bruts devrait atteindre en 2025 son niveau le plus faible depuis vingt ans. Une offre structurellement plus basse peut, à terme, soutenir les prix — mais cette perspective reste conditionnelle à une demande qui ne se redresse pas encore clairement.
Notre lecture
Ce contexte ne nous conduit pas au pessimisme — mais à une lecture plus précise de ce qui crée de la valeur dans notre métier. Un diamant naturel d'origine documentée, tracé hors Russie, taillé selon des standards stricts et trié pierre par pierre, n'est pas un produit comme les autres dans ce marché. C'est exactement ce que nous produisons depuis 1984.
La baisse du Rapaport affecte les acteurs qui travaillent sur le volume et les marges standardisées. Elle ne touche pas de la même manière les maisons qui s'approvisionnent sur la qualité différenciante, l'origine vérifiable et la constance de service. C'est notre positionnement — et c'est, dans ce marché, un avantage commercial réel.
Le marché du diamant traverse une crise structurelle — prix en baisse, synthétiques en progression, géopolitique perturbée, De Beers en transition. Dans ce contexte, l'origine documentée, la qualité vérifiée et la traçabilité complète ne sont plus des options. Ce sont les seuls arguments qui résistent.


